Nous sommes salariés d’entreprises privées, indépendants, agents administratifs, soignants, caissiers, chômeurs, directeurs, etc. et aujourd’hui nous sommes tous confrontés à cette même situation délicate : le confinement dû à la propagation du Covid-19 dans le monde. Afin de garder et de créer du lien, afin de partager des expériences, des conseils en termes d’organisation d’entreprise mais également au niveau individuel, nous vous proposons de découvrir des témoignages de travailleurs via de courtes interviews : comment s’organiser au niveau professionnel ? Au niveau personnel ? Quelles sont les difficultés ? Quelles sont les conditions pour maintenir une activité en ces temps de crise sanitaire ?

Anaïs, conseillère dans une association d’aide aux victimes d’agressions sexuelles à Londres

Qui es-tu ? Que fais tu ?
Je suis conseillère pour orienter les victimes d’agressions sexuelles, pour les aider à entamer des démarches et proposer diverses orientations et contacts (psychologues, avocats, assistantes sociales, etc.). Je suis le premier point de contact lorsqu’une victime nous appelle.

En quoi consiste ton travail au quotidien, hors situation de confinement ?
Je travaille dans une association, à Londres, qui fait partie du département de la Police criminelle. Il s’agit de contact uniquement téléphoniques. Je reçois les appels de personnes victimes d’une agression sexuelle récente ou passé. Mon travail consiste dans un premier temps à aider la personne à s’exprimer pour comprendre sa demande et ses besoins. Ensuite, nous prenons un rendez-vous téléphonique plus formel, à une date ultérieure, afin de lui présenter toutes les solutions auxquelles elle a accès.

Dans quelle mesure ton travail a changé à l’annonce du confinement au Royaume-Uni ?
Je travaille à la maison depuis le 18 mars. Au niveau organisation cela n’a pas beaucoup changé car je travaille toujours par téléphone. Nous avons fait un transfert de ligne téléphonique.

Ce qui change et ce qui est difficile, c’est qu’habituellement nous sommes 6 collègues à prendre les appels au bureau. Nous nous entraidons en permanence. C’est très important au niveau professionnel, lorsque nous avons des questions sur les services disponibles pour les victimes, mais aussi et surtout au niveau psychologique, pour parler de ce que nous entendons.

Et au niveau des appels que tu prends qu’est ce qui a changé ? 
Aujourd’hui tous les appels que nous recevons concernent des urgences de violences conjugales. Cela est dû au fait que les personnes ne sortent plus et sont enfermées avec leurs conjoints. C’est très compliquer à gérer pour nous car ce n’est pas notre mission. Nous traitons uniquement les agressions sexuelles et nous ne sommes pas un service d’urgence.

Lorsque je reçois un appel pour violence conjugale, je mets tout de suite la personne en contact avec la police. Une fois que je me suis assurée que la personne est en sécurité, elle peut alors revenir vers nous, pour une prise en charge s’il s’agit d’agression sexuelle.

Le problème, c’est que la Police ne comprend pas toujours notre mission et nous envoie des appels de personnes qui subissent des violences conjugales. Ça tourne en rond et ça n’aboutit à rien…

Concernant les autres appels ?
Nous n’avons pas d’autres appels que ceux concernant les violences conjugales en urgence en ce moment. Les personnes sont confinées en famille et elles ne veulent pas parler ou ne peuvent pas parler parce qu’il y a les enfants, le conjoint. Les personnes n’ont pas la tête à faire ce type de démarche en ce moment.

Les quelques rendez-vous téléphoniques que j’avais ont été annulés car les personnes n’étaient pas disponibles et/ou ne pouvaient pas s’isoler. C’est une vraie démarche psychologique.

As-tu le sentiment que le service est moins efficace ?
En effet, nous sommes un peu en standby. Les autres services vers lesquels nous renvoyons habituellement sont fermés. Donc on se doit de maintenir le lien avec la victime pour quelle poursuive sa démarche même après le confinement. On ne doit pas la lâcher.

Cela nous demande beaucoup plus d’investissement au niveau émotionnel. On se rapproche des gens. On leur dit qu’ils peuvent nous rappeler quand ils le souhaitent.

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