Climat social en entreprise : 10 indicateurs visibles et invisibles à suivre en 2026

12 January 2026

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En 2026, le climat social n’est plus un sujet périphérique ni un simple “ressenti RH”. Il est devenu un enjeu stratégique de pilotage, au même titre que la performance économique, la fidélisation des talents ou la prévention des risques. Cette évolution n’est pas idéologique : elle est portée par des données convergentes, des transformations profondes du travail et une pression croissante sur les collectifs.

Aujourd’hui, 84 % des DRH français considèrent le climat social et la QVCT comme une priorité stratégique pour les prochaines années (ANDRH / BCG, 2023). Dans le même temps, un grand nombre des dirigeants estiment que les risques psychosociaux et le climat social représentent un risque majeur pour leur organisation.

Le sujet n’est donc plus seulement “social” : il est économique, managérial et réputationnel.

Pourquoi le climat social est devenu un indicateur stratégique pour les RH en 2026

Du ressenti diffus au pilotage structuré

Pendant longtemps, le climat social était perçu comme quelque chose de difficilement mesurable, donc peu pilotable. En pratique, il était souvent traité lorsqu’un événement survenait : conflit ouvert, grève, départs en série, arrêts maladie prolongés. Cette lecture tardive n’est plus tenable.

Le contexte européen montre une augmentation nette du stress lié au travail : 53% des salariés européens déclarent que leur stress professionnel a augmenté au cours des trois dernières années (Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, 2022). Ce stress n’est pas toujours exprimé, mais il imprègne les collectifs et façonne le climat social bien avant toute alerte formelle.

Ce que le climat social révèle que les indicateurs RH classiques ne montrent pas

Les indicateurs RH traditionnels (absentéisme, turnover, accidents) restent indispensables, mais ils arrivent souvent après coup. Le climat social, lui, permet de lire les déséquilibres en cours, notamment la perte d’engagement, la fatigue morale collective ou la dégradation de la confiance.

À l’échelle mondiale, seuls 23 % des salariés se déclarent engagés, tandis que 59% se disent présents “sans plus” et 18 % activement désengagés (Gallup, State of the Global Workplace, 2023). Ce désengagement diffus est l’un des premiers marqueurs d’un climat social qui se dégrade, bien avant les indicateurs “durs”.

Ce qu’on appelle réellement « climat social » (et ce que ce n’est pas)

Climat social ≠RPS ≠ conflits ≠ baromètre isolé

Le climat social ne se confond ni avec les risques psychosociaux, ni avec la gestion des conflits, ni avec les résultats d’un baromètre QVCT. Ces éléments sont des composantes, pas des équivalents.

Un baromètre social, par exemple, est un outil utile, mais moins d’un salarié sur deux, dont l'entreprise en a un réalisé un, déclare avoir vu des actions concrètes suite à ces enquêtes (ANDRH / Anact, 2022 ; Ifop, 2022–2023). Sans interprétation et sans pilotage, l’outil ne suffit pas à améliorer le climat social.

Une lecture collective, systémique et dynamique

Le climat social correspond à la qualité du lien entre l’organisation et ses salariés, à la manière dont le travail est vécu collectivement. Il se construit dans le temps, sous l’effet des décisions stratégiques, des modes de management et de la capacité de l’entreprise à écouter et réguler.

Indicateurs du climat social

Les 5 indicateurs visibles du climat social

Tensions relationnelles et désengagement observable

Un climat social dégradé se manifeste souvent par une baisse de la qualité des échanges : réunions plus tendues, participation en recul, conflits larvés. Ces signaux sont parfois banalisés, alors qu’ils traduisent une érosion du lien collectif.

Turnover et instabilité des équipes

Le turnover est un indicateur particulièrement parlant. Son coût est généralement estimé entre 0,5et 1,5 année de salaire brut par départ, en tenant compte du recrutement, de l’intégration et de la perte de productivité (Apec / France Stratégie). Un turnover élevé ou concentré sur certaines équipes est rarement neutre du point de vue du climat social.

Absentéisme et arrêts de travail

En France, le taux moyen d’absentéisme a atteint environ 5,5 % en 2023, en hausse continue depuis 2019 (Malakoff Humanis, 2022–2023). Plus préoccupant encore, 41% des salariés déclarent avoir déjà envisagé un arrêt de travail sans motif médical majeur, en raison de la fatigue ou du mal-être professionnel (Malakoff Humanis, 2023).

Alertes formelles et conflits déclarés

La multiplication des signalements, enquêtes internes ou conflits ouverts est un indicateur tardif mais clair d’un climat social fragilisé. Ces situations mobilisent fortement les RH et les managers, souvent dans l’urgence.

Dysfonctionnements organisationnels visibles

Retards chroniques, surcharge structurelle, priorités floues, décisions contradictoires : ces dysfonctionnements affectent directement le vécu au travail et alimentent un climat de tension durable.

Les 5 indicateurs invisibles mais déterminants

Non-dits et autocensure collective

Environ un salarié sur deux n’ose pas remonter un problème de conditions de travail ou de management, par crainte de conséquences négatives (Ifop pour Fondation Jean Jaurès, 2022). Ce silence est l’un des signaux les plus critiques d’un climat social dégradé.

Perte de confiance envers la direction

Seuls 30 à 35% des salariés français déclarent faire confiance à leur direction pour agir dans l’intérêt des salariés (Edelman Trust / Great Place to Work France,2022–2023). Cette défiance diffuse fragilise durablement le climat social.

Fatigue morale collective

À l’échelle mondiale, 44 % des salariés se disent souvent ou très souvent stressés au travail (Gallup, 2023). Cette fatigue n’est pas toujours exprimée individuellement, mais elle pèse sur l’ensemble du collectif.

Désalignement entre discours et réalité

Près de 60 %des salariés européens estiment que leurs dirigeants sous-estiment l’ampleur des problèmes de bien-être au travail (Cisco / Microsoft Work Trend Index Europe, 2022–2023). Ce décalage alimente cynisme et retrait.

Micro-tensions chroniques normalisées

Lorsque des irritants quotidiens deviennent “normaux”, le climat social se dégrade en profondeur, sans événement déclencheur identifiable.

Managers : le maillon critique du climat social

Le rôle du management est central. Un pourcentage important de la variance de l’engagement d’une équipe est liée à la qualité du manager direct. Or,63 % des managers français se déclarent en surcharge ou en tension constante (OpinionWay / Cegos, 2023). Par ailleurs, il ne se sentent pas suffisamment formé pour gérer les situations de mal-être.

Cette fragilisation managériale explique en partie pourquoi plus de 40 % des managers européens envisagent de quitter leur poste dans les deux ans (Microsoft Work Trend Index, 2023). Un climat social ne peut être piloté durablement sans soutenir ce maillon clé.

Pourquoi ces signaux sont encore trop souvent lus trop tard

Le climat social souffre d’une lecture en silos : RH, managers et direction disposent chacun d’informations partielles. De plus, les outils existent mais manquent souvent de cadre d’interprétation partagé. À l’échelle européenne, seuls 22% des salariés estiment que leur entreprise mesure régulièrement le climat social et en parle ouvertement (Eurofound, 2022).

Quand passer du suivi à l’action structurée

Les retours d’expérience montrent que les entreprises ayant mis en place des démarches structurées de pilotage du climat social observent, sur trois ans, une baisse des indicateurs d’alerte (absentéisme, conflits, arrêts longs). À l’inverse, de nombreuses crises sociales ont été précédées de signaux visibles 12 à 24 mois avant, ignorés ou minimisés (rapports Inspection du travail / Défenseur des droits).

Ce que les RH et la direction gagnent à piloter le climat social

Un climat social de qualité n’est pas seulement un enjeu humain. Les entreprises avec un haut niveau d’engagement présentent une meilleure rentabilité et un absentéisme réduit. À l’inverse, le coût du stress au travail est estimé entre 2 et 3 milliards d’euros par an pour la collectivité en France (INRS).

Piloter le climat social, c’est donc sécuriser l’organisation, soutenir les managers, préserver la santé mentale et renforcer la performance durable.

Conclusion RH /QVCT

En 2026, le climat social n’est plus un sujet “soft”. C’est un indicateur stratégique, lisible, pilotable et actionnable, à condition de savoir regarder au-delà des chiffres visibles et d’assumer une lecture collective et structurée.

Thomas Planchet - Responsable Stratégie Digitale

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